Je ne suis pas éditrice mais 2

… j’ai rédigé mes premiers contrats en novembre.

J’ai proposé à kF d’éditer La clé des nuages parce que ce jeu est un énorme coup de foudre et qu’il m’a profondément émue. Et aussi parce que jouer à LCDN c’est une façon de produire de la poésie, de raconter des choses sans les dire, de laisser énormément de blancs à combler, et jouer sur l’étrangeté.

Et tout ça m’évoque les textes de luvan des recueils Cru et Few of us publiés chez Dystopia.

Lire la suite


Je ne suis pas éditrice mais 1

Dystopia1

… je suis impliquée dans les éditions Dystopia Workshop.

Avant que tu t’imagines des piscines de dollars, Dystopia c’est une association à but non lucratif composée de quatre personnes. Aucun d’entre nous n’est éditeur de formation, nous sommes des lecteurs avant tout.

C’est pas forcément évident de parler de ligne éditoriale avec Dystopia. Du roman, de la nouvelle, et quelques exceptions (les corbeaux de Lise L., le témoignage de Mélanie Fazi). Du fantastique souvent, du weird, de l’inclassable. Et des projets qui sont des cartes blanches à des traductrices, des couvertures qui sont des cartes blanches à des illustrateurs.

Dystopia aura 10 ans en juin, et quelque 25 titres au compteur.

Parmi tout un tas de chouettes trucs à venir pour fêter cette décennie d’existence, Dystopia nous a proposé, à Anais V. et moi, une carte blanche pour lancer une collection de jeu de rôle. Elle s’appellera Jydérie.

Voilà pourquoi je t’annonce avec émotion que deux jeux de rôle vont paraître chez Dystopia cette année : La clé des nuages, de Felix « kF » Beroud et Bois dormant : vivre avec les ronces de Manuel « Melville » Bedouet.

La clé des nuages est un jeu symboliste et poétique pour deux personnes, où on joue un Mage qui explore des ruines mystérieuses pour aboutir la quête de toute une vie.

Bois dormant est un jeu Belonging Outside Belonging (inspiré de Dream Askew), où on joue les membres d’une communauté qui ont choisi la non-violence, dans une ville contemporaine en proie à un blocus gouvernemental, un virus étrange, une nature devenue folle et des bâtiments qui s’éveillent.

Qu’est-ce que quoi, Eugénie ? C’est quoi le lien, là ?

Deux jeux sans scénario, sans MJ et sans dés, déjà.
Deux jeux où on sait dès le début qu’on ne jouera pas la violence ni le combat, et qui ne sont pourtant pas dénués de tension ou de dureté.
Deux jeux qui se focalisent sur la complicité entre joueuses pour produire une belle expérience, qui invitent à s’écouter et à tenter de se comprendre.
Deux jeux qui nous font confiance pour être bouleversés d’être humains, au fond.

Bref, je sais pas toi, mais moi j’ai hâte.


Riper sur les limites

Porsche crash - Medley & Sky

J’ai évoqué dans le billet précédent des trucs et astuces pour approcher les limites et s’assurer que ça se passe à peu près bien… mais ça vaut le coup d’envisager aussi le dérapage et la sortie de route. Au cas où.

J’ai beau frimer par ici avec mes parties magiques et mes tables de rêve, de temps en temps je joue aussi des parties qui sont des ratages retentissants et/ou des moments particulièrement douloureux. Et parce que le dernier en date s’est bien terminé, j’ai envie de partager ici les leçons que ça m’a remis en tête (et qu’on devrait toujours garder au frais quelque part amha).

Lire la suite


Approcher les limites

Ce billet est juste une remise en forme d’échanges qui ont eu lieu sur les Courants Alternatifs dans un fil intitulé « en parler sans choquer ». Un MJ se demandait comment amener des thèmes choquants en jeu, ou comment malmener des persos sans mettre pour autant les joueuses en PLS. Sachant que la carte X et les outils « meta » pour gérer ça ne l’avaient pas convaincu.

Déjà, c’est ok de ne pas être convaincu. Perso, ce qui m’intéresse dans ce qu’on appelle la sécurité émotionnelle, c’est la démarche de faire gaffe à soi et aux autres. Les moyens, c’est un peu chacun les siens, selon ses pratiques, son groupe, le contexte.

Néanmoins, outils meta sur la table ou pas, il y a bien quelques trucs&astuces qu’on peut prendre en compte dans notre façon de jouer ou de maîtriser quand on a l’intention d’aller secouer émotionnellement des joueuses en partie.

Lire la suite


Où est passé 2019 ?

The new year's resolutions - Marwa Morgan

Comme tous les ans, faire un peu le bilan me permet de réaliser où s’en va mon temps libre quand je ne regarde pas.

Je terminais l’année dernière en disant « je pourrais jouer un peu moins et bosser un peu plus ». C’est l’heure de l’honnêté : est-ce que c’est vraiment ce qui s’est passé ? Et ben on peut au moins dire que c’est en bonne voie.

Lire la suite


Retour des Utopiales

– Je sais pas si on peut dire que « j’ai fait les Utos » vu que j’ai suivi qu’une seule conf…
– Mais est-ce que t’as passé du temps au bar ?
– Euh oui, ça oui.
– Ben voilà t’as fait les Utos.

Hop ! Petit retour sur les Utopiales façon journal de bord.

Lire la suite


Deux ateliers aux Utopiales

Les Utopiales, c’est à Nantes, et c’est dans 15 jours, et ça va être super chouette.

Outre les conférences, le ciné et le bar, qui sont les gros attraits officiels du festival (soyons honnêtes), je t’invite à jeter un oeil à tout ce qui se passera au Pôle ludique parce que c’est un coup à passer 4 jours au sous-sol. En tout cas, c’est plus ou moins ce que je fais chaque année.

Et cette année encore il y aura deux ateliers rôlistes, qui s’articulent plutôt bien ensemble et ça n’est pas totalement un hasard.

 

Vendredi 1er novembre – De 11h à 13h
Pas besoin de scénar
animé par l’excellent Manuel Bedouet

Afin de palier à une difficulté récurrente en jeu de rôle qu’est la réunion un peu artificielle de héros qui ne se connaissent pas, vous pourrez voir une série d’outils utiles pour construire des groupes de personnages-joueurs déjà liés entre eux. L’objectif ? Amener des histoires pas seulement à travers les scénarios, mais aussi grâce aux interactions des personnages les uns avec les autres, que ce soit des histoires d’amour, de reconnaissance, de revanche ou de rivalité.

Atelier en deux parties : Présentation des techniques / mise en pratique.

 

Samedi 2 novembre – De 10h à 12h30
Jouer haut / Jouer bas
animé par moi-même

Comment mettre en scène des relation asymétriques entre personnages ? Comment jouer des différences de statut au sein d’un groupe de PJ sans casser l’ambiance, sans casser le groupe et sans casser son perso ?

L’atelier consiste à jouer différentes situations pour trouver ensemble comment s’amuser avec ce genre de rapports : situer son perso dans un groupe de Shadowrun, créer et jouer des relations déséquilibrées dans une négociation, jouer avec la remise en question de l’autorité sans que ça coince entre participants.

Pas de conférence, on vient pour pratiquer. Et c’est l’occasion de tenter des choses que l’on n’ose pas d’habitude en partie, de croiser nos pratiques et de s’inspirer des autres pour se renouveler, qu’on soit joueur ou joueuse, MJ, vétéran ou vétérante, débutant ou débutante !

 

Les ateliers auront lieu dans la Grande Galerie et il faudra s’inscrire préalablement au Pôle Ludique.

A très bientôt !


A propos de frustration

Des fois on me recommande des podcasts hyper intéressants qui expliquent comment ça fonctionne au cœur de la marmite qu’on a dans le ventre. Par exemple, ce super numéro sur Louie Media : La frustration, comment elle peut prendre des proportions démesurées qui développe l’exemple du tilt au poker.

Au poker, on dit qu’un joueur est en tilt quand il a pris des décisions qui sont censées le mener à la victoire et qu’il se retrouve à perdre. Il n’espérait pas gagner, il anticipait déjà qu’il allait gagner parce qu’il avait fait ce qu’il fallait pour ça (ou parce qu’il avait gagné à la partie précédente et que l’univers semblait avoir un engagement personnel envers lui).

Du coup il y a cette brûlure de la trahison quand ça tourne autrement : le mec est furieux, piqué, vexé et surtout il a besoin d’y retourner là maintenant, d’annuler cette « erreur » de la réalité en la remettant sur ses rails à lui. Sauf que 1. la réalité a souvent un meilleur score de résistance qu’un joueur 2. il n’est pas en état de prendre de bonnes décisions. D’où la spirale infernale : je fais n’importe quoi, donc je perds, donc je fais n’importe quoi, donc je perds…

Un intervenant témoigne dans le podcast qu’en milieu pro ils savent tous que quand ils sont en tilt il faut sortir, décrocher, se calmer 20 minutes et revenir une fois que c’est passé. C’est aussi simple que ça, mais (et je trouve l’info super intéressante) très peu le font réellement. Il y a l’exemple de ce joueur qui refuse de reconnaître qu’il est en tilt, ou qui revient au jeu trop tôt, alors qu’il est toujours en tilt… Autant dire que c’est pas gagné pour gérer le machin quand ça commence à piquer en-dedans.

Je vois bien en quoi le JDR est différent du poker (ou du jeu vidéo) parce que la plupart du temps on ne peut pas « se refaire » en retentant le jet de dés ou la bonne décision encore et encore. La narration prend le relai et la situation évolue, c’est plus difficile de tomber dans le cercle infernal.

Il n’empêche que je me risque à affirmer qu’on a tous et toutes éprouvé de la frustration en jeu. Je veux dire, moi j’ai déjà retiré mon casque pour aller faire les cents pas et boire un verre d’eau au milieu d’une partie de JDR virtuel. Je me suis déjà retrouvée figée sur ma chaise IRL, à ne pas interagir avec les autres joueuses de peur d’exploser de colère. Et j’ai déjà fait des débriefs lance-flammes sous le coup d’une intense frustration (plus jamais les débriefs à chaud, c’est promis).

Et je trouve super intéressant de noter qu’en jeu comme dans la vraie vie, la frustration arrive quand la réalité déraille par rapport à ce que nous avions anticipé.

Personnellement, cette observation m’explique pourquoi parfois j’ai de l’insatisfaction sur des parties qui sont tout à fait chouettes mais pour lesquelles j’avais des attentes différentes ou démesurées. Et pourquoi je me satisfais parfois de parties qui devraient me déplaire, mais pour lesquelles j’avais des attentes très basses ou une intense curiosité (faute de savoir ce à quoi je pouvais m’attendre).

Je n’en conclus pas forcément que le secret d’une partie sans frustration c’est de ne rien en attendre, mais je me dis que j’ai une marge de manoeuvre pour apprendre à identifier ce que je peux en attendre.

 

crédits photo : Hrafnhildur Árnadóttir (CC BY 2.0)


Di6dent Reloaded

 

Depuis le début du mois, le Fix republie chaque vendredi des articles du défunt magazine Di6dent. Pour l’instant, c’est le dossier du numéro #15 (l’ultime numéro) qui ressort pièce par pièce. Ce que tu avais compris grâce à ton regard affûté, car il semble il y avoir comme une thématique commune aux trois premiers articles reparus…

 

Cet obscur objet du désir, par Benjamin « Macbesse » Kouppi

Un chouette pendant à ma pudeur, qui examine l’enjeu ludique de la mise en scène de la sexualité des personnages.

 

Dis, combien tu m’aimes ? par l’ensemble de la Redac6on

Un panorama des jeux qui se donnent pour ambition de quantifier dans leurs règles amour et sentiments.

 

Sortir couvert par Khelren et moi-même

Une discussion à quatre mains sur des outils de sécurité émotionnelle

Pour ce dernier, j’insiste sur le fait qu’il remonte à deux ans. Il me paraît aujourd’hui assez daté sur l’aspect « youyou l’import d’outils du GN » et « yi-ha l’intensité de la scène nordique »… mais à mon modeste avis il reste d’actualité sur l’aspect pratico-concret.

Je souligne également que cet article n’est pas un débat pour/contre mais un échange de points de vue entre deux utilisateurices du matosse.

 

Ce ressortage des cartons me donne très envie de repasser par ici développer quelques bricoles sur le sujet, mais je ne promets rien parce que la vie, le temps, tout ça.

En attendant, bonne lecture à toi, et surveille le Fix, les vendredi s’annoncent sympas !


JDR et mort de l’auteur 2

Questions de légitimité

 

Dans le précédent billet, j’évoquais la mort de l’auteur selon Barthes pour parler de différentes façons de concevoir la participation des joueuses à la création des jeux, selon ce qu’on met derrière l’expression « faire du JDR » et selon ce qu’on attend d’une base de jeu. Je continue sur ma lancée en passant l’idée au prisme de questions de légitimité.

Avertissement : ceci est un point de vue de café du commerce, dans l’objectif de nuancer et apaiser mes précédentes prises de position sur le sujet. Je ne change pas vraiment d’avis, mais j’espère être ici moins injuste et plus complète pour des points de vue différents du mien.

Lire la suite