Archives d’Auteur: Eugénie

Performance unilatérale

Quand nous avons posé les bases du Jeu en performance avec kF, nous avons commencé par une définition large, qui englobait des pratiques assez différentes, mais réunies par cette ligne directrice : jouer sa partie comme une performance artistique, c’est-à-dire une œuvre éphémère où ce qui importe c’est l’action de jouer en mouvement.

Dans un 2e billet, nous avons évoqué au moins deux dispositifs pertinents de JEP :

  • la performance en vibration où toutes les joueuses sont en performance
  • la performance unilatérale où on a un MJ-performer et des joueuses-participantes

Nous avons développé la performance en vibration, parce que c’est au coeur de notre pratique à nous et nos explorations actuelles. Ce qui peut laisser à penser au public non-averti que le JEP c’est un truc underground avant-gardiste foufou où on tripe sur le pourcentage de silence dans les parties… Sauf que non non ça c’est juste nous.

Au fond, la dimension la plus courante du JEP en Jidérie, c’est à mon avis cette performance unilatérale, où un seul joueur joue en performance en direction des autres. Et soudain, la clarté : le JEP mainstream est un jeu de MJ.

Et donc, contre tout attente, 2019 commence par un billet à propos de MJ et du dispositif classique… T’as le droit de me dire que j’ai changé.

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Petit bilan 2018

J’avoue que je peine à prendre du recul sur une année rôliste qui fut aussi intense qu’instable, aussi riche qu’épuisante. Si 2017 c’était l’éblouissement personnel et la montée en puissance, on ne va pas se mentir mon 2018 rôliste ressemble plutôt à la consolidation d’une addiction.

Sans fard, les chiffres qui font flipper

En 2018, j’ai joué 103 parties et à 46 jeux différents. Soit à peine plus que l’année dernière et bien moins que Côme Martin, mais c’est encore trop pour l’énergie que je peux fournir.

La moitié de mes parties a eu lieu en ligne, l’autre moitié IRL. Mais cette parité dissimule le fait que maintenant je joue mes parties régulières plutôt en ligne, et je me fais des boulimies de jeu IRL sur quelques gros week-ends où le shoot remplace quasiment sommeil et repas pendant trois jours. Mention spéciale au Gîte Millevaux, à l’UdoCon et la Cômicon.

Note pour mon moi de 2019 : Eugénie tu te calmes, tu vieillis et tu sais que tu as du mal à t’en remettre.

J’ai joué très peu en campagne cette année : un tiers de me parties seulement, et surtout des mini-campagnes (4 épisodes) ou des fins de campagne de 2017. Ce qui laisse une belle place dans mon cœur pour une fabuleuse campagne de Night Witches qui m’a habitée un certain temps.

En parallèle, la moitié de mes parties étaient des playtests ou des jeux non publiés, ou encore des expériences uniques, bouleversantes et non-reproductibles estampillées Mafia Esthétique (Qui a volé le titre, InflorItras en performance, Dungeon and Dragonflies : on joue une partie OSR mais en fait c’est un Dragonfly motel). Je crois que c’est assez symptomatique de mon 2018 rôliste, qui a fait la part belle à l’expérimentation.

Le jeu en one-shot auquel j’ai le plus joué cette année, c’est La Clé des nuages de kF avec 9 sessions, juste devant Inflorenza (ce qui n’est pas peu dire). C’est un peu mon jeu coup-de-foudre de l’année, un jeu à deux, poétique et symbolique, dont je te reparlerai plus longuement tout bientôt.

J’ai aussi joué avec 83 personnes cette année, encore un peu plus que l’année dernière :

  • dont seulement 25 joueuses féminines, ce qui est toujours bien loin de la parité…
  • dont toujours une vingtaine de personnes avec qui je joue plutôt régulièrement ;
  • dont 39 personnes avec qui je jouais pour la première fois cette année.

Ce que ne disent pas les chiffres, c’est que mon groupe de jeu parisien s’est plus ou moins dissout pour cause d’agendas peu compatibles cette année, et que si j’ai beaucoup joué avec les mêmes personnes, c’était souvent dans des configurations différentes à chaque fois.

Raison garder

En dehors des parties, j’ai eu l’impression de bien lever le pied et me montrer hyper raisonnable… mais il en reste encore qui dépasse.

Par ici, seulement 11 billets de blog, c’est pas la gloire. D’autant que cette année, j’ai fini de basculer vers la théorie pure, loin de mes bricolages les-deux-mains-dans-le-cambouis. La faute à mes mauvaises fréquentations et mon côté influençable. Mais même très ralenti, ce blog vit toujours trois ans et demi après son ouverture et c’est pas rien.

Côté technique, j’ai animé 7 ateliers rôlistes en club et conventions : La Boîte à Chimères (Paris), Eclipse (Rennes), Orc’Idée (Lausanne) et aux Utopiales (Nantes). Énorme gratitude pour toutes les personnes qui ont participé et pour les orgas qui m’ont laissée officier. J’espère pouvoir continuer et en proposer de nouveaux en 2019. En ligne de mire, Jouer haut/jouer bas pour jouer des relations asymétriques et Jouer poétique pour… jouer poétique.

Et puis quelques interventions ici et là :

  • S’entraîner à jouer qui est paru en tout début d’année chez Ludologies : la rencontre avec Fanny et Selene m’avait totalement éblouie, mais à parution, j’avoue ne pas avoir assumé le résultat. Aujourd’hui je me dis que fuck, les personnes qui me connaissent savent bien que mes parties ne sont pas des camps de rééducation par le travail. Les autres penseront ce qu’elles veulent.
  • Une table ronde interactive aux Utopiales sur le thème Jouer sans meneur en compagnie de Manuel Bedouet, Julien Pouard et Thomas Munier, animée par Adrien Toulon et captée par Magister Phantom (merci à eux et au public participant).

Et le nouvel exercice qui me prend un temps monstre mais qui me passionne, c’est la relecture de jeux pour les copains. Les deux mains dans un autre genre de cambouis, au fond, celui du polissage d’un texte.

Et avec un peu de recul…

Le fil rouge de mon 2018 rôliste,ça a été la communauté des Courants Alternatifs. Avec des hauts et des bas assez intenses en ce qui me concerne. Du drama (beaucoup trop), des aigreurs et agacements profonds, du love et des enthousiasmes foufous. Un stand de vente de jeux qui se matérialise régulièrement en convention, des discussions théoriques pointues, une ébullition de créativité tous supports.

2018 c’est aussi l’année des choses laissées en plan. Des personnes avec qui je joue moins malgré mes envies, des projets et des collaborations placés en cryogénie, des monceaux de brouillons inaboutis. Je regrette particulièrement de ne pas avoir poursuivi la collection de portraits pour Et pourtant elles jouent, malgré une liste de personnes hyper intéressantes à interviewer (liste qui n’en finit pas de s’allonger).

En 2019, je me dis que je pourrais jouer un peu moins et bosser un peu plus…

En attendant, je te souhaite tout le jeu, le rêve et la bricole pour l’année à venir, et merci à toi de continuer de passer par ici alors que ça rouille un peu sur les bords. Des coeurs avec les doigts. Plein.

 

crédit photo : Jennifer Pallian on Unsplash

De ma pudeur 2

Il y a des parties qui m’ont récemment fait prendre conscience que l’amour-des-romances n’est pas la relation au-dessus de toutes les autres, et qu’il y a d’autres attachements qui peuvent se révéler plus forts et plus intenses (oui bon, chacun son rythme pour découvrir la vie).

Ces parties m’ont fait réaliser que ce n’est pas la question de savoir jouer ça ou pas encore, mais de savoir ce qui me touche le plus profond et comment. En ce qui me concerne, je crois que l’intensité passe notamment par la pudeur. Ce que je traduirais par embrasser ce qui n’est pas dit, ne pas en attendre autre chose et maintenir le voile sur ce qui n’est pas montré. Lire la suite


De ma pudeur 1

En Narrativo-veganie, le fait de parler de sexe ou de désir ou d’amour à la table, c’est un peu une preuve de maturité. Que ce soit dans les échanges ou les appréciations sur les jeux, les pratiques, les podcasts, il y a une certaine valorisation de l’intimité, du fait de jouer des relations amoureuses ou sexuelles. Les jeux à deux ont la cote, les jeux sur les émois adolescents je t’en parle pas, les codes de la romance c’est le kiff, et les scènes de sesque c’est tout-à-fait adulte.

Je trouve certaines explorations fascinantes même si je passe au large. Que ce soit les jalons posés par des GNIstes de l’extrême qui osent se rouler des pelles en vrai (Love is all ) ou jouer nu.es dans un lit (La cigarette après l’amour) ou le transgressif assumé du côté de notre scène punk rôliste (Coelacanthe ou Chevalerie&Sodomie).

Mais je constate un certain décalage entre la promesse d’explorer les possibles dans ces parties que je ne jouerai jamais, et la façon dont on se retrouve souvent à aborder les relations, l’amour, le désir dans mes parties à moi. Lire la suite


Utopiales, le petit programme d’Eugénie

Comme tous les ans, il y a les jours qui rétrécissent, les feuilles qui tombent, le changement d’heure et les Utopiales. Je profite d’un petit sursaut du blog pour te donner mon programme. Il y aura aussi plein de trucs et de personnes ultra-chouettes, mais limite trop… Lire la suite


Performance OSR

Je me suis rendu compte en discutant avec des vrais-qui-savent que l’étiquette OSR n’évoque pas la même chose pour moi et pour le reste de la Jidérie. Le coup de la nostalgie, l’archéologie du JDR, les références à D&D ou aux donjons des années 70, ça ne m’évoque rien. Mais rien du tout. Moi, je suis née au jeu de rôle dans les années 2010, je n’ai pas connu le JDR tactique, les pièges mesquins, les explorations dangereuses, les morts stupides, etc. Lire la suite


Le game-design dans le jeu en performance

 

Dans nos billets sur le jeu en performance, kF et moi avions formulé rapidement : Dans cette configuration, le game-design est un support, mais les joueuses ne sont pas tournées vers l’expérience qu’il procure pour elle-même, elles sont concentrées sur ce qu’elles produisent ensemble avec.

C’est le moment de revenir sur le sujet, avec une attitude pour une fois un peu plus mature que le game-design de toute façon ça sert à rien c’est pas intéressant (et c’est là qu’on voit que j’ai grandi). Lire la suite


Jouer en performance 2

Ce qui nous fait vibrer

2e billet par kF et Eugénie

A ce stade, personne n’a encore posé de questions sur la boîte de thon et c’est à cela qu’on reconnaît un lectorat de bon goût.

Si on s’en tient à notre billet précédent, jouer en performance pourrait n’être qu’une question d’attitude, d’actes ; une technique. On pourrait jouer en performance tout en réfléchissant à ce qu’on va manger ce soir (une boîte de thon), sans se sentir investi. L’avantage de cette définition c’est que cela pose un cadre large et clairement identifiable, parce qu’on imagine bien qu’il suffirait, après une partie, de demander aux participantes si l’essentiel de leurs actes étaient performatifs pour déterminer ce qui relevait ou non du jeu en performance. L’inconvénient c’est que c’est une notion vide qui ne parle pas des effets qu’on veut lui prêter, des intentions que l’on y met, des raisons qui nous poussent à chercher ce mode de jeu.

Aujourd’hui, on ajoute trois ingrédients dans la marmite : la vibration commune qui est une catégorie particulière de jeu en performance ; et l’engagement et l’exigence de jeu qui sont deux axes pour situer une partie (s’est-on senti engagé ? a-t-on fait preuve d’une exigence particulière, envers soi-même par exemple ?) qui peuvent ou non participer du jeu en performance. Le but de ce second article est d’ouvrir quelques portes de plus pour dessiner les contours d’un cadre assez vaste, mais aussi pour préciser à quoi ressemble notre jeu en performance et ce qu’il produit pour nous. Lire la suite


Jouer en performance 1

Tentatives de définition

un billet par kF et Eugénie

Je veux pas avoir l’air de balancer, mais si ce billet a mis autant de temps à sortir c’est d’abord parce que kF pensait que j’allais le faire et que moi j’attendais qu’il le fasse, bonjour les Tic-et-Tac du blogging rôliste ! Et quand nous nous sommes mis d’accord pour le faire ensemble (ce qui est un genre de défi, parce que l’écriture à quatre mains ça n’est pas toujours évident) nous avons invité Valentin à nous filer un coup de pouce (qui fut monstrueusement utile, énorme merci à lui).

Sauf que quand tu invites Monsieur Méthode Scientifique à jeter un œil au magma bordélique d’une célèbre blogueuse et d’un génie symboliste, ben… il les fait BOSSER. Genre avec des bibliographies et tout. Autant dire qu’on a commencé par essayer de récupérer nos petits doigts coincés dans un engrenage bien trop gros pour nous, avant de réussir à mettre à peu près les choses à plat. Lire la suite


Figures de style 2

Je finissais le dernier billet sur ce constat : les figures de style qui m’intéressent sont celles qui apportent une surprise, un décalage ou une originalité, et qui brisent un attendu. Or, il y a souvent des raisons à ces attendus, de la même manière qu’il y a une raison aux règles de grammaire. Lire la suite