A propos de frustration

Des fois on me recommande des podcasts hyper intéressants qui expliquent comment ça fonctionne au cœur de la marmite qu’on a dans le ventre. Par exemple, ce super numéro sur Louie Media : La frustration, comment elle peut prendre des proportions démesurées qui développe l’exemple du tilt au poker.

Au poker, on dit qu’un joueur est en tilt quand il a pris des décisions qui sont censées le mener à la victoire et qu’il se retrouve à perdre. Il n’espérait pas gagner, il anticipait déjà qu’il allait gagner parce qu’il avait fait ce qu’il fallait pour ça (ou parce qu’il avait gagné à la partie précédente et que l’univers semblait avoir un engagement personnel envers lui).

Du coup il y a cette brûlure de la trahison quand ça tourne autrement : le mec est furieux, piqué, vexé et surtout il a besoin d’y retourner là maintenant, d’annuler cette « erreur » de la réalité en la remettant sur ses rails à lui. Sauf que 1. la réalité a souvent un meilleur score de résistance qu’un joueur 2. il n’est pas en état de prendre de bonnes décisions. D’où la spirale infernale : je fais n’importe quoi, donc je perds, donc je fais n’importe quoi, donc je perds…

Un intervenant témoigne dans le podcast qu’en milieu pro ils savent tous que quand ils sont en tilt il faut sortir, décrocher, se calmer 20 minutes et revenir une fois que c’est passé. C’est aussi simple que ça, mais (et je trouve l’info super intéressante) très peu le font réellement. Il y a l’exemple de ce joueur qui refuse de reconnaître qu’il est en tilt, ou qui revient au jeu trop tôt, alors qu’il est toujours en tilt… Autant dire que c’est pas gagné pour gérer le machin quand ça commence à piquer en-dedans.

Je vois bien en quoi le JDR est différent du poker (ou du jeu vidéo) parce que la plupart du temps on ne peut pas « se refaire » en retentant le jet de dés ou la bonne décision encore et encore. La narration prend le relai et la situation évolue, c’est plus difficile de tomber dans le cercle infernal.

Il n’empêche que je me risque à affirmer qu’on a tous et toutes éprouvé de la frustration en jeu. Je veux dire, moi j’ai déjà retiré mon casque pour aller faire les cents pas et boire un verre d’eau au milieu d’une partie de JDR virtuel. Je me suis déjà retrouvée figée sur ma chaise IRL, à ne pas interagir avec les autres joueuses de peur d’exploser de colère. Et j’ai déjà fait des débriefs lance-flammes sous le coup d’une intense frustration (plus jamais les débriefs à chaud, c’est promis).

Et je trouve super intéressant de noter qu’en jeu comme dans la vraie vie, la frustration arrive quand la réalité déraille par rapport à ce que nous avions anticipé.

Personnellement, cette observation m’explique pourquoi parfois j’ai de l’insatisfaction sur des parties qui sont tout à fait chouettes mais pour lesquelles j’avais des attentes différentes ou démesurées. Et pourquoi je me satisfais parfois de parties qui devraient me déplaire, mais pour lesquelles j’avais des attentes très basses ou une intense curiosité (faute de savoir ce à quoi je pouvais m’attendre).

Je n’en conclus pas forcément que le secret d’une partie sans frustration c’est de ne rien en attendre, mais je me dis que j’ai une marge de manoeuvre pour apprendre à identifier ce que je peux en attendre.

 

crédits photo : Hrafnhildur Árnadóttir (CC BY 2.0)


5 responses to “A propos de frustration

  • Troll Traya

    Ah ah… Voilà un article dans lequel… Je ne me reconnais pas du tout^^ Que ce soit en simple joueur ou MJ, je n’ai jamais ressenti de frustration découlant de mes propres actions -même lors de mes nombreuses erreurs stupides^^-. Non, la frustration m’est toujours venue à cause d’un -ou plusieurs- membre de la table toujours pour la même raison : le sentiment d’injustice -genre le type qui vole le loot du groupe et se permet de faire des remarques déplacé par que « tu oses » jouer le défaut de ton PJ et de compliquer ainsi la tâche du groupe-.

    Mais cet article est intéressant, je n’avais vraiment réfléchi à la frustration sous cet angle. j’y penserai la prochaine fois que je ressentirai ça chez un des mes joueurs/euses. Merci.

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    • Eugénie

      Merci pour ton retour, à la lumière du podcast je me dis qu’on pourrait avoir une autre lecture de ton témoignage (sans que ça n’invalide ton point de vue).

      On pourrait lire : je joue le défaut de mon PJ et j’anticipe que la table va l’accepter, voire que ce sera valorisé parce que ça fait une belle histoire. Dans ma tête ce n’est pas une question en suspens (comment ils vont le prendre ?) mais une évidence (ça va bien passer parce que c’est cool, ou parce que ça fait partie du jeu). J’ai fait l’effort d’attendre le bon moment pour ne pas trop péter le scénar, j’essaie d’amener ça de façon chouette et cohérente, etc. Et la réalité déraille par rapport à ce que j’avais projeté : la table réagit de façon totalement différente de ce que j’attendais. BIM. Frustration.

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  • Anna

    figée sur ma chaise IRL, à ne pas interagir avec les autres joueuses de peur d’exploser de colère

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