Du jdr comme pratique

Je ne suis pas MJ mais…

… moi aussi je joue ma partie une à deux fois par semaine.

D’où elle parle

Je suis techniquement une jeune conne du jdr.

J’ai découvert le jeu de rôle il y a un peu moins de trois ans, donc relativement récemment. Je n’ai jamais joué en convention ou en club ou avec des inconnus. Je joue toujours avec les mêmes personnes depuis trois ans (avec quelques guests et quelques absents, mais ça bouge peu). Et nous jouons beaucoup en campagne, ce qui ne permet pas forcément de tester un max de jeux.

J’envisage le jdr à hauteur de joueuse. Ce n’est pas tant une pratique d’écriture que de jeu. La partie « création », qui occupe une grande place en théorie, me concerne peu finalement, parce qu’il faudrait que je devienne MJ ou auteur pour la comprendre et l’utiliser pleinement. Les mécaniques des jeux ou les techniques de MJ ne sont pas à ma portée.

Le souci, quand on n’est que joueur, c’est qu’on manque de comparaisons pour prendre en main sa pratique. J’ai l’impression que, machinalement, on repousse le joueur vers un statut de joueur de jeu de plateau (jouer les règles en bonne intelligence) ou de lecteur/spectateur (vivre pleinement une expérience conçue pour lui, par un MJ ou un auteur). Or, arrivant de l’improvisation théâtrale, je me suis construit une conception du jdr comme une pratique artistique ou sportive*, avec tout ce que ça implique d’entraînement, de réflexion, de progression, de recherche et de dépassement de soi.

(*)Pour éviter un malentendu : quand je parle de pratique sportive, je n’inclus pas la dimension compétition, ni la performance individuelle.

D’où quelques notions très personnelles sur le jeu en jdr… On m’a fait remarquer que ça pourrait être intéressant de les faire partager. Et accessoirement que ça permettrait d’amorcer un dialogue où peut-être que des vrais rôlistes en viendraient à s’exprimer à leur tour, et à me donner des trucs pour progresser dans ma pratique.

2 – Devenir une bonne joueuse

Je suis mordue, accroc. J’ai fait d’énormes progrès depuis que j’ai commencé à jouer. Je ne suis pas encore l’excellente joueuse que je voudrais devenir mais j’y travaille.

Qu’est-ce que ça veut dire « excellente joueuse » ?

Les qualités auxquelles on pense immédiatement (l’astuce vis-à-vis du scénario, le roleplay, la créativité, l’imagination) ne sont pas tellement représentatives pour moi. Ma définition personnelle s’appuierait plutôt sur les qualités de base d’un bon joueur d’improvisation : la principale étant l’écoute, les suivantes étant la capacité à concéder, à donner à voir et à s’adapter. Le « bon jeu », finalement, serait plus l’attitude à la table que ce qu’on peut produire dans la fiction.

Ces qualités-là ne sont pas innées (en tout cas, moi je reviens de loin). Elles se travaillent, elles s’apprennent, par l’expérience et par la pratique.

Deux choses avant d’aller plus loin :

– On peut ne pas être un bon joueur et s’amuser quand même et je n’ai aucun problème avec ça.

Ex : quand je joue au foot, je m’éclate à courir pieds nus sur la pelouse en beuglant « la passe la passe !», et même si je reste dans le cadre des règles, je ne suis pas en train de m’épanouir dans le « bon jeu ». Si les autres sont sur la même longueur d’onde que moi quand ils me proposent de jouer un foot, c’est parfait pour tout le monde.

– Progresser tout seul n’est pas suffisant. Comme dans un sport collectif, il y a ce qu’on développe seul (ses muscles, ses réflexes, son endurance…) et ce qu’on développe en équipe (la confiance, l’esprit d’équipe, le jouer ensemble). De mon point de vue, ma propre progression passe également par celle de la table entière.

 Peu d’outils théoriques

Le problème, c’est qu’il y a peu d’outils théoriques pour guider les joueurs dans leur cheminement.

Ça change à grande vitesse ces derniers temps, c’est pourquoi aussi je pense que c’est un bon moment pour ouvrir ce blog. (cf la page biblio, qui recense quelques excellentes ressources, et que j’espère pouvoir enrichir grâce à vous). Mais dans l’ensemble, sur les forums, les blogs et les podcasts, la parole sur le jdr est encore massivement assurée par les MJ et les auteurs, qui parlent aux MJ et aux auteurs. Je me dis qu’il serait peut-être temps d’équilibrer.

Cette configuration laisse les joueurs dans une espèce de noman’s land théorique, où, s’ils ont envie de se renseigner sur leur pratique, de creuser un peu par eux-mêmes, ils sont confrontés à l’image qui a été définie pour eux : le consommateur individualiste, au mieux docile, au pire trouble-fête, réceptacle d’une expérience conçue pour lui. (j’accumule les traits, en réalité on a rarement tout ça d’un seul coup, et il n’y a pas toujours un jugement de valeur dans cette description)

Il y a l’idée très répandue en jdr, sans doute issue des pratiques en club ou en convention, que si un joueur s’investit ou cherche à creuser, alors c’est un MJ ou un auteur. Quand j’ai cassé les pieds de mes fréquentations en demandant « Où sont les joueurs ? Comment je fais pour progresser ?» on m’a répondu « Toi, il va falloir que tu maîtrises » ou « Tu devrais écrire un jeu ». Finalement ces deux conseils ont été laissés tombés pour une même injonction : « Ouvre un blog ». Dont acte.

Peut-être qu’en allant chercher du côté encore peu exploité des pratiques artistiques et/ou sportives, les joueurs pourraient récupérer des outils leur permettant de reprendre la main sur leur pratique sans avoir à abandonner la place qu’ils occupent : travailler l’écoute, apprendre à dire oui, à donner à voir, à ne pas se figer sur une certaine cohérence, à donner de l’importance du collectif, etc.

Attention : à aucun moment je ne veux dire que le jeu en jdr doit forcément s’envisager comme moi je l’envisage, par tout le monde, et tout le temps. Je constate juste qu’il y a un angle mort, un pan peu considéré et peu exploité, qui est le point de vue du joueur ; et que les joueurs sont assez absents des théories sur le jdr. J’ai l’impression qu’on a responsabilisé d’abord les MJ sur les problèmes qui survenaient aux tables. Puis, avec la Forge et les avancées en gamedesign, on a responsabilisé les auteurs. Maintenant, je me dis qu’il est temps que les joueurs s’emparent aussi des problèmes et proposent leurs propres réponses.

Ça c’est pour la partie théorique. En réalité, je compte surtout amorcer un dialogue pour parler de pratique de jdr, collecter des expériences, trouver des outils pour ma propre progression (et éventuellement celle des autres)…

Si vous êtes MJ et/ou auteur en jdr, je pense que ma position peut apporter un éclairage différent sans pour autant remettre en cause vos expériences ou vos réflexions.

Si vous êtes un joueur et que vous envisagez le jeu complètement différemment, super chouette, parlons-en. On ne sera pas forcément d’accord à la fin, mais je cherche à élargir mes horizons autant qu’à proposer ma propre vision.

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7 responses to “Du jdr comme pratique

  • charybde2

    Comme tu établis un parallèle intéressant avec l’idée de pratique sportive (sans la notion de compétition autre que, à la rigueur, avec soi-même), je vais regarder s’il n’y a pas quelque part dans mes archives des trucs sympas de joueurs, athlètes ou « simples » pratiquants sportifs réfléchissant à leur approche, par rapport à celle insufflée par le « coach » (qui serait ici le MJ ou l’auteur, disons). Il me semble avoir lu des trucs intéressants à propos de voile (en équipage) et de handball…

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  • derynnaythas

    oui c’est vrai que le joueur/ euse est un peu délaissé! En même temps, la plupart du temps, l’histoire et l’univers passent par le mj, et globalement il n’y a pas non plus un nombre important de meneurs capables d’amener les participants à participer activement.
    A ma table, les bons conseils d’antan restent de vigueur: Chacun (e) peut amener ses idées dans le setting, sans passer par le mj qui doit donc s’adapter en conséquence, également, chacun (e) peut influer sur l’histoire en proposant ses propres récits et idées, qui peuvent être débattues et guider le mj dans sa réflexion. C’est plutôt du collaboratif qui permet à chacun de mettre un peu de ce qu’il souhaite dans la partie. Je crois que ça se fait pas mal maintenant avec le narrativisme, mais je n’ai pas beaucoup de retours.

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  • Seigneur Kil

    Il ne faut pas oublié que les MJ ont tous été joueurs avant et le sont même encore en grande partie. A mon regard il n’y a donc pas d’opposition entre point de vue meneur et point de vue joueur. Par contre, comme souvent, le meneur doit prendre en considération des choses fort diverse. Ca va de la compréhension du « sens » du système à la culture d’un bon climat entre les personnes en passant par la cohérence de l’univers et au dosage des libertés… Tout un programme ^^. Généralement le joueur ne se contente que de certains de ces aspects, ceux qui l’intéressent. L’approche n’est donc pas différente de celle du MJ elle se situe juste à un autre degrés d’implication.
    L’implication maximum de tous les joueurs nécessite de réunir une table de MJ dans l’âme en somme. C’est une manière de jouer mais ça n’est évidement pas la méthode dominante. Généralement tout repose sur le MJ effectivement, non pas par clientélisme mais parce que c’est lui qui a le statut d’arbitre. C’est à lui de donné le ton du jeux, l’ambiance souhaité, c’est lui qui règle les curseurs. Ensuite libre à lui de faire totalement en fonction de ses joueurs (comme un régisseur) ou d’essayer quelque chose de plus personnel (comme un metteur en scène).

    J’ai vu autant de façon de jouer que de joueur et autant de façon de mener que de meneur. Si il est possible de prévenir de problème il est très difficile d’anticiper sur ce qu’on appel « faire prendre la mayonnaise ». Tous les meneurs ne sont pas adapter à tous les joueurs et vice et versa.

    Ta réflexion me semble tout a fait intéressante pour comprendre tes propres aspirations autour du JDR et elle peut sans doute s’appliquer à d’autres mais je ne penses pas qu’on manque de point de vue de joueur quant on est MJ. Ca n’enlève en rien l’intérêt à ta réflexion bien évidemment.

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    • Eugénie

      Si j’ai laissé entendre que joueur et MJ étaient en opposition, c’est que je me suis mal exprimée. Dans le jeu tel que je l’envisage, le MJ est un joueur à la table (un joueur un peu particulier certes, mais quand même).

      Sauf que dans les réflexions et les échanges sur le jdr, j’ai l’impression que les problématiques qui prennent toute la place sont celles qui ne concernent que cette particularité d’un seul joueur à la table (réflexions sur le scénario, la gestion du rythme, la gestion du système, etc.). Moi-même j’ai eu du mal à concevoir qu’un simple joueur pouvait avoir quelque chose d’intéressant ou de plus à dire sur le jdr. Mais je crois que ramener les questions et les réponses à hauteur de joueur et de joueur uniquement, ça apporte une vision des choses un peu différente de celle d’un joueur devenu MJ… On verra bien. ^^

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  • Kirdinn

    Bonjour,

    Merci pour ton retour d’expérience, tu mets en mot un vécu que je n’aurais su nommer. Bon, je suis MJ et auteur (kinda). Par la force des choses, n’ayant pas eu de MJ pour m’initier, j’ai appris tout seul. Je ne suis pas devenu un bon joueur, mais un MJ disons correct.

    Sur les rares fois où j’ai été joueur (principalement en convention), j’ai un jour joué avec un bon joueur. Et ça a transformé ma façon de jouer. Je ne suis pas un bon joueur car je m’ennuie vite. Mais ce mec (Stoil, pour ceux qui le connaissent) a fait un RP avec mon perso. Ce n’était pas nécessaire pour le scénario, ça extrapolait très largement nos backgrounds. Et on a échangé. A partir de là, on était en relation: nos persos étaient en relation, en interaction. Au dela des caracs et de la feuille de perso. Je crois que c’est la première étape. Incarner un personnage et être capable d’improviser.

    Plus tard, j’ai eu la chance de jouer un psychodrame du grand Johan Scipion. Expérience émotionnellement intense (mais ce retour colle plus à ton article sur le Jouer collectif). Jouer enfants et parents était très prenant, enrichissant. Pour une phase particulièrement tendu (fausse gifle), entre joueurs, on s’est souris: « tout va bien ». On s’était compris. Et … et c’était quelque chose de très personnel qu’on avait joué. C’était bien. Je n’ai encore jamais revécu ça en jeu. Ou peut-être si, un peu, en jouant à Centile. Etonnamment (ou pas :p), le MJ venait aussi du théatre d’impro. Il a pondu quelques articles qui pourraient te parler même s’ils s’adressent à des MJ:

    http://centile.over-blog.com/article-utiliser-les-techniques-d-impro-n-1-narrativiste-organique-et-stanislavskiste-103302857.html

    http://centile.over-blog.com/article-utiliser-les-techniques-d-impro-n-2-outils-de-storytelling-style-narrativiste-103574706.html

    http://centile.over-blog.com/article-utiliser-les-techniques-d-impro-n-3-les-fautes-de-jeu-103925217.html

    http://centile.over-blog.com/article-utiliser-les-techniques-d-impro-n-3-les-fautes-de-jeu-103925217.html

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  • Ju

    Ce sujet tombe à pic et il est vrai que les MJ ont beaucoup de sites et forums dédiés. Pourquoi tes questions me semblent si intéressantes ? Plaçons tout d’abord le contexte. J’ai découvert le jeu de rôle vers quinze ans. J’ai essayé plusieurs genres et assez rapidement, j’ai appris à me connaître. Trois ans m’ont été nécessaires pour savoir quel personnage jouer afin de ne pas regretter mon choix de départ. Difficile de se décider lorsque les possibilités sont nombreuses ;) Deux années plus tard, j’arrivais à être rp de manière naturelle et ce jeu était devenu ma passion. C’est à ce moment qu’un événement tout à fait banal allait bouleverser, éclater mon univers. Un déménagement. Loin de mes amis, notre tablée et cet espèce de sadique que j’adorais malgré tout. Notre MJ. Le jdr disparut de mon paysage près de deux ans. Nouvelle vie, nouveaux amis… que j’allais pouvoir initier ! J’ai ainsi commencé à masteriser des scenarii. Trois ans plus tard, je m’essayais à la tâche d’auteur et après deux ans et quelques ponctués de tâtonnements, je pouvais adapter un univers pour mes joueurs. S’ensuit un petit nombre de jdr adaptés jusqu’à un grand projet qui me prit 600h environ d’écriture et de prises de têtes avec mon moi intérieur (qui peut être assez perfectionniste, pour garder un minimum de politesse). J’ai ensuite réécrit certaines parties pour le faire découvrir à d’autres, découvrant sans cesse des choses à modifier. Je suis actuellement à la fin de l’écriture d’un projet plus ambitieux et moins long, grâce aux techniques apprises au fil du temps. Plus j’en apprends sur cet univers, plus je mesure l’étendue de ce qu’il me manque. Bilan : J’ai aujourd’hui 31 ans, 5 ans de jdr à jouer, 2 à croire ce bonheur perdu, 9 ans à essayer d’ouvrir ce monde aux autres tout en sachant que je n’arriverai jamais à maîtriser tout ce que je voudrais. Et vous savez quoi ? Je ne peux espérer mieux. Tu dois te demander où je veux en venir, Eugénie ^^’ A ce bilan. Je n’ai eu le plaisir de jouer que deux mois depuis que je suis MJ et j’étais sur les forums à rechercher toujours plus de techniques d’écritures, de détails essentiels que je pourrais occulter, voire même d’astuces toutes bêtes. N’importe quoi qui me ferait progresser plus vite, encore plus vite. Toute cette focalisation sur l’aspect travail et méthodologie avait fini par occulter ce que j’aime dans le côté MJ. Voir notre tablée s’amuser. Grâce à tes questions pleines d’intelligence et d’affection pour le jdr, tu as su me rappeler tout cela. Ton avis est essentiel. Celui de tous les joueurs l’est. N’en doute pas. Je ne connais pas de MJ qui ne cherche sans cesse à savoir ce que vous en pensez (même si certains dans mon genre finissent par oublier ce qu’est le jeu à l’extérieur de ces panneaux). Alors, merci pour ton intérêt, tes réflexions constructives et cette ambiance que seul un groupe de joueurs soudés est capable de créer =) P.S : si tu lis ce message, plus d’un an après le tien, j’aimerais beaucoup savoir ce que tu penses aujourd’hui ;)

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